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Rencontre avec un mythe vivant !

Jeudi 27 Avril 2017, le doyen de l’académie française Monsieur René de Obaldia, écrivain et dramaturge emblématique du XXème siècle, a honoré le Lycée Notre-Dame de sa présence. Arrivé aux alentours de 13h00 pour un repas avec des enseignants, des élèves, Messieurs Maillard et Butin et d’autres organisateurs de sa venue, Monsieur de Obaldia s’est rendu à la rencontre des classes de première et terminale littéraires au CDI.

Repas convivial avec un Immortel malicieux…

Durant le temps de midi, Monsieur de Obaldia a rencontré autour d’un déjeuner une dizaine d’élèves de première et terminale et certains des professeurs de français, d’histoire, de philosophie ou documentalistes du Lycée. Monsieur Butin et Monsieur Maillard étaient présents également, accompagnés de Monsieur Cherlonneix et Monsieur Boubekeur Khelfaoui, deux personnes grâce à qui l’évènement a pu avoir lieu.

Autour d’un repas convivial et agréable, les élèves, les enseignants et Monsieur de Obaldia ont pu échanger librement, dans une ambiance de respect et d’écoute propice à la découverte de cet emblème de notre littérature.

Monsieur de Obaldia leur a parlé des personnalités qu’il a eu la chance de rencontrer, de ses goûts littéraires ou encore de son livre de chevet.

Presque 100 ans de sagesse…

René de Obaldia face aux élèves (source : site lechorepublicain.fr)

Par la suite, le CDI du lycée s’est transformé en auditorium et les élèves des classes de première et terminale littéraires ont pu écouter avec attention et admiration l’histoire de cet homme quasiment centenaire, ses anecdotes ainsi que sa manière d’appréhender la vie, la mort et les relations humaines.

Les élèves et professeurs ont assisté à une brève présentation de Monsieur de Obaldia par Olivier Lhostis, directeur de la librairie l’Esperluète. Ce dernier nous présenté cet immense homme de lettres, doyen de l’Académie française depuis Juin 1999, date de sa succession à Julien Green. Auteur, dramaturge et essayiste depuis tant de décennies, traduit et joué dans le monde entier.

Classé selon certains, contre son gré, dans le courant du théâtre de l’absurde aux côtés d’Eugène Ionesco ou de Samuel Beckett, son style d’écriture et sa vision du monde est un courant à part entière. Peu étudié en classes de lycée en raison de son style peu conventionnel, parfois caustique. Néanmoins, ses écrits sérieux et teintés d’humour ont de quoi ravir de nombreux cœurs.

« Est nul et s’efforce de le rester ! »

Pour ceux qui ne sont pas plus littéraires ou tentés de continuer l’article, lisez ce résumé d’une de ses pièces en un acte les plus connues, qui vous fera à coup sûr sourire : Classe de Terminale, de 1973, présente une satire d’un enseignement peut-être un peu trop formel et la révolte des élèves.

« Les élèves d'une classe de terminale se révoltent et tuent leur professeur. Adieu la discipline, bonjour la liberté ! Ils en ont assez d'être brimés par l'autorité et ont soif de faire les choses comme ils l'entendent. Ils vont même libérer le Cancre qui est enfermé depuis sept ans dans le sous-sol de l'école. Mais le cancre a changé, n'est plus ce personnage dont ils se souviennent ; leurs espoirs tournent au vinaigre et ils finissent tous morts. » (source : site latetearire.canalblog.com)

Pour l’anecdote, Monsieur de Obaldia nous a raconté que lorsqu’il était plus jeune, son professeur de mathématique disait de lui : ‘’ Est nul et s’efforce de le rester ’’. Il a plaisanté avec nous sur les mathématiques.

« L’ahurissement d’être dans un monde qui existe depuis si longtemps »

Monsieur de Obaldia a commencé par nous parler de l’importance des rencontres dans la vie que nous menons. Les échanges avec les autres sont un des piliers de notre existence. Il nous a rappelé que la rencontre de ce jour était due aux rencontres d’autres personnes, et c’est par ces relations que nous entretenons que nous nous enrichissons.

Il a débuté avec beaucoup d’humour et un sourire patient sur les lèvres ; celui d’un homme qui a vécu et qui en a tellement vu et entendu ! Il nous a raconté être né à Hong-Kong le 22 octobre 1918. Puis il a fait la transition jusqu’à Chartres en ne cessant de nous dire : « C’est extraordinaire » de venir d’aussi loin et d’être devant cette assemblée de jeunes venus pour l’écouter. Il a insisté sur « l’étonnement », « l’ahurissement d’être dans un monde qui existe depuis si longtemps ». Evoquant différentes périodes de sa vie, il nous a expliqué son expérience en tant que prisonnier de guerre en Pologne pendant quatre années et demie durant la Seconde Guerre Mondiale alors qu’il n’était âgé que de 21 ans. « J’étais logé, nourri et surveillé par les Allemands … ». Il a insisté sur l’épreuve et sur l’après. On ne ressort pas indemne d’une telle période. On ressort beaucoup plus mûr. Il nous a parlé d’une certaine pudeur lorsqu’il a entendu parler des camps. Il a existé des calamités sur cette Terre et après tout : « L’Homme est un loup pour l’Homme ».

Il a raconté ses liens avec l’Eure-et-Loir : en effet, Monsieur de Obaldia possède une maison de campagne près de chez-nous. Il s’est plu à se voir notre compatriote beauceron, et ce avec fierté.

Au cours de la rencontre, une des questions l’a replongé dans ses souvenirs anciens. Lorsqu’un élève lui a demandé quelles sont les rencontres qui l’ont marqué, maintenant qu’il a 98 ans… Il nous a parlé de ses anciens amis, en partant de Mauriac, Jean Paulhan jusqu’à André Dhôtel… Ce sont beaucoup de souvenirs, de visages qui reviennent… Mais surtout il a évoqué un quotidien teinté d’une certaine nostalgie… Aujourd’hui, du haut de ses 98 ans, ce sont beaucoup de fantômes qui le peuplent : ceux de ses anciennes connaissances. Néanmoins, insistons sur l’idée qu’il est loin de regretter ces rencontres. Elles sont une des essences de la vie. Il nous a parlé de l’acteur Michel Simon, celui qui a été selon lui le Charlie Chaplin français. Il nous a parlé d’anecdotes concernant des répétitions théâtrales, des lectures à l’italienne (lecture d’un texte en première approche lors du montage d’un spectacle de théâtre : tous les comédiens se mettent autour d’une table pour dégrossir le texte une première fois).

La rencontre s’est poursuivie sur sa vision du monde contemporain. Monsieur de Obaldia nous a évoqué sa retenue quant au monde d’aujourd’hui qui manque à ses yeux d’humanisme. Il a évoqué un monde en transition où les valeurs changent et évoluent. Il faut s’adapter : voilà ce qui pèse sur nous. Avec les nouvelles technologies, il y a une rupture évidente. « Avant on était libre, aujourd’hui, il y a la bombe atomique sur nos têtes ».

Une rencontre ponctuée d’éclats de rires

Nous nous sommes ensuite éloignés de ce registre pour envisager certaines de ses œuvres. René de Obaldia nous a parlé de certaines de ses pièces comme Du vent dans les branches de Sassafras : un de ses « Western de chambre ». Il nous a parlé de sa pièce Genousie où il a mis en scène un nouveau langage : le genousien. En résumé, Madame de Tubéreuse reçoit dans son château des invités de choix. Si tous les personnages parlent français, Irène, l’héroïne, ne parle que le génousien, la langue de son pays, que comprend sur le champ un jeune poète. Il s’est amusé à nous raconter certains mots de sa plume comme « Gorougiglou » qui signifie « Je t’aime » dans la langue qu’il a inventée. Il s’est pris la tête entre les mains en repensant à un comédien qu’il avait vu interpréter et prononcer ce mot… Ce n’était pas du tout la bonne prononciation ni la bonne intonation. Il faut y mettre des sentiments et de l’amour. Nous avons tous bien ri une fois de plus. En effet, les éclats de rire ont ponctué cette rencontre sérieuse et légère à la fois.

Beaucoup ont aussi souri lorsque nous avons appris que Monsieur de Obaldia fut le précurseur du… Texto ! En effet, dans certaines de ses pièces est écrit : ‘’ Pttd ‘’ ou ‘’ tt ‘’ à la place de véritables mots.

Témoignage d’un Immortel…

René de Obaldia en Académicien, ou « Immortel » (source : site compagnieaffable.wordpress.com)

 

René de Obaldia en Académicien, ou « Immortel » (source : site compagnieaffable.wordpress.com)

Il nous a présenté rapidement l’image qu’il a de l’Académie française : « Une institution remarquable qui conserve l’héritage de la langue française. Il y a des écrivains, des avocats, des hommes de science… c’est devenu une famille ». Il nous a décrit les lieux avec la superbe coupole mais aussi les tenues avec l’épée. Il avait un grand sourire en nous parlant de l’aspect solennel lorsque la garde républicaine est présente. Selon lui, cette institution en est presque irréelle car hélas les rituels ont trop souvent disparu. Les valeurs changent comme il nous l’a dit. Il nous a reparlé de son inquiétude pour le futur avec les nouvelles technologies. Il nous a montré son image du métropolitain parisien : des jeunes et des moins jeunes qui sont à proximité mais qui n’échangent pas. Il n’y a plus d’humanité ni de communication, avec les écouteurs...

« Que le monde est beau ! »

On est toujours content et déçu de ce qu’on écrit ; en effet, on se dit toujours que l’on pourrait faire les choses autrement, nous a-t-il raconté. Pourtant il est « très fier de [ses] Innocentines », ces poèmes pour enfants et quelques adultes où il s’est mis à la place d’un enfant.

Pour terminer cette rencontre, il nous a livré un message d’espérance teinté de sa connaissance et de son expérience de la vie : « La planète, le monde dans lequel nous vivons est superbe ! Partout c’est magnifique ! ». Il a insisté et nous a dit : « Que le monde est beau ! ». « Seul l’Homme fait tâche… », a-t-il ajouté avec malice.

Il a même vanté la beauté du paysage de notre très chère Beauce avec ses platitudes qui permettent de si beaux couchers de soleil !

« Cet appétit des autres »

Un moment de cette rencontre est à souligner, c’est lorsqu’on lui a demandé quelles étaient les dates qui lui importaient le plus. René de Obaldia nous a expliqué avec tendresse qu’à son âge, des dates s’effacent mais celles qui restent ce sont les plus importantes. Son premier amour ! La date de ses premières rencontres avec ses amis, les naissances de ses enfants, de ses petits-enfants… Il nous a dit mot pour mot : « Jeune homme j’étais beau, j’aimais les filles et j’avais cet appétit des autres. C’est pourquoi j’ai écrit. Pour la communication ! ». On retrouve bien ici le côté sérieux et l’humour de cet homme qui s’avère très humble et qui conserve des manières simples. D’ailleurs il a plaisanté sur le sérieux : « L’humour est une façon d’échapper au désespoir et au tragique. L’humour est une surabondance de gravité », donc, pourquoi s’en priver ?

Un petit jeu s’est tacitement instauré entre les élèves et Monsieur de Obaldia : il citait des connaissances et les élèves réagissaient s’ils connaissaient. A chaque nom, on aurait entendu une mouche voler jusqu’à ce qu’il mentionne Nathalie Sarraute : là, tout le monde a réagi et a bien ri. Il nous a même livré une anecdote qui en choquera et en ravira plus d’un… Son amie Nathalie Sarraute lui avait dit : « Quand je déprime, je lis Sam [Samuel Beckett], ça me fait rire ! ». Cela amène à réfléchir sur Beckett, non ?!

« L’Homme, c’est l’autre ! »

En amorçant la fin de la conférence, commençant à éprouver de la fatigue, il nous a exposé une vérité sur laquelle il médite depuis très jeune… Au fond, il a toujours été préoccupé par la mort. Mais pas sa mort, celle des êtres chers. Ce sont ces morts qui font le plus de mal. Et surtout, il nous a demandé une chose, bien émouvante ! Il a demandé à chaque personne présente de toujours rester attentive à l’autre : d’être présent et de ne pas ignorer son voisin avec tous les obstacles comme la technologie qui apparaissent : « L’Homme, c’est l’autre ! ». Il nous a invités à ne pas oublier ces auteurs du passé ; il nous a parlé de Jules Verne qui est en partie à l’origine de sa passion avant de terminer sur une note teintée d’espérance : « J’espère que la jeunesse va nous sauver ! ».

Pour conclure cette journée, comme la sortie de son dernier recueil de citations, Perles de vie, est toute récente, une séance de dédicaces s’est organisée et tous les membres de l’assemblée ont pu partager un verre de l’amitié !

Ce fut une journée riche en expériences et en émotions aux côtés d’un homme sage parmi les sages qui sait savourer la vie et nous a dit avoir encore beaucoup d’interrogations. Il apprend toujours. Comme quoi, chaque instant de la vie vaut la peine d’être vécu !

Marvin OZTURK-BAZIN

Remerciements à Monsieur de Obaldia pour nous avoir honorés de sa présence.

Remerciements aux professeurs documentalistes pour la conférence au CDI ainsi qu’aux personnes sans qui la venue de Monsieur de Obaldia n’aurait pas été permise : Monsieur Cherlonneix et Monsieur Boubekeur Khelfaoui.

Remerciements à toutes les personnes présentes car comme disait Anouilh, dans un tel évènement, « le public y est pour beaucoup ».

Remerciements personnels adressés à Monsieur Maillard pour avoir permis au journal des lycéens d’être présent malgré les cours.

Tous les ouvrages évoqués dans cet article (et d’autres tout aussi savoureux de cet auteur toujours jeune) sont consultables au CDI et empruntables dès la rentrée 2017 !

 

Tag(s) : #Portrait

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